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By ALY member  Miss Ghita Wissad final year medical student in the Kingdom of Morocco
Casablanca 9 Avril 2019

Loin d’avoir l’un des meilleurs systèmes de santé au monde, le Maroc souffre…

La santé au Maroc , perspectives pour un nouveau model de développement -Ghita Wissad




By ALY member  Miss Ghita Wissad final year medical student in the Kingdom of Morocco
Casablanca 9 Avril 2019

Loin d’avoir l’un des meilleurs systèmes de santé au monde, le Maroc souffre d’un système de soins qui peine à se développer. Cela va des problèmes de gestion financière et administrative, à un manque en ressources humaines et financières, d’infrastructures adéquates, de matériel suffisant de qualité. Et par conséquent, ni la population ni les professionnels de santé ne sont satisfaits des prestations sanitaires marocaines.
N’importe qui dirait que si le ministère de la santé bénéficiait d’un plus gros budget, peut-être que l’état de santé marocain s’améliorerait considérablement. Or, ce n’est pas du tout les cas, pour comprendre pourquoi il faudra comprendre ce qu’est la santé et ce qui la détermine.
C’est en 1946 que l’OMS a défini la santé comme étant un état de bien-être complet physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. Cette définition est inscrite au préambule de 1946 à la Constitution de l’OMS. À partir de cette définition on peut déduire que le sujet est le noyau de ces trois sphères :
Physique : vis-à-vis de son corps, est-ce que ses organes fonctionnent bien ? a-t-il mal ? dort-il bien ? est-il autonome ?
Mental : se sent-il heureux? souffre-t-il de dépression ? a-t-il des idées suicidaires ?
– Sociale : est-il bien intégré dans sa société ? se sent-il utile ? a-t-il eu une enfance joyeuse ? dispose-t-il d’un travail ?
Maintenant qu’on a définit la santé il nous reste à savoir ce qui la détermine concrètement, toujours selon l’OMS on a essentiellement 10 déterminants :
1. Les disparités sociales : l’état de santé est proportionnel au niveau socio-économique, plus le niveau de socio-économique d’une région est bas plus son état de santé est médiocre, ces personnes seraient plus amenées à faires des maladies graves et à mourir précocement.
2. Le stress : le stress est néfaste pour la santé aussi bien physique que mentale, d’un côté, il prédispose à une baisse de l’immunité, au diabète, à certaines maladies cardiovasculaires… et d’un autre à la dépression, à la toxicomanie et parfois au suicide.
3. La petite enfance : la vie anténatale ainsi que la petite enfance sculptent l’adulte de demain, tout ce qui impacte négativement l’enfant dans cette période-là (carence affective, toxicomanie des parents, pauvreté, dénutrition…) prédispose le futur adulte à des problèmes de santé aussi bien physique, mentale que sociale.
4. L’exclusion sociale : touche surtout les pauvres, les sans abris ainsi que les immigrés, et les minorités qui font face à différentes formes de discrimination et de racisme, ce qui altère considérablement leur état de santé.
5. Le travail : d’un côté, le fait d’avoir un travail, de se sentir utile, être valorisé pour l’effort fourni, et avoir une certaine autonomie dans le travail impacte positivement la santé, d’un autre côté, le stress engendré par le travail, les rapports sociaux au travail dégradés, l’intensité et la charge de travail l’impactent négativement.
6. Le chômage : le chômage a un impact psychologique et économique dévastateur pour la santé, l’insécurité de l’emploi crée une anxiété chronique pouvant aller jusqu’à la dépression, elle est aussi reliée à un taux élevé d’emprisonnement et de délinquance.
7. Le soutien social : des liens sociaux forts (entraide et soutien), amitiés, et soutien familial apportent le soutien affectif nécessaire au bien être mental de l’individu.
8. Les toxicomanies : tabac, alcool, drogues … sont liés à des taux élevés de morbidité et de mortalité, leur taux de consommation élevé dans une région reflète en quelque sorte la souffrance de sa population qui a recours à ces substances comme échappatoire à la réalité.
9. L’alimentation : « Que ton alimentation soit ta première médecine » – Hippocrate. Une bonne alimentation quantitativement correcte (pas de privation ni d’excès) et bien équilibrée (diversification alimentaire, évitement des régimes à haute teneur en matières grasses…) est essentielle pour un corps en bonne santé. Ceci nécessite la disponibilité de produits frais, de bonne qualité et financièrement abordables d’une part, et d’autre part la sensibilisation des citoyens sur les modes l’alimentation saine et leur impact sur la santé.
10. Les transports : marcher, utiliser un vélo ou les transports en commun améliore non seulement la santé individuelle (création de liens sociaux et favorisation de l’activité physique…) mais aussi la santé collective, en diminuant la pollution, les embouteillages source de stress et les accidents mortels de la voie publique.
Une autre classification des déterminants de la santé plus simple permet d’y voir plus clair :
– impact de 50-60% sur la santé : les habitudes de vie (tabac, alcool, drogues, activité physique, alimentation)
– impact de 20-25% : l’environnement (physique : climat, air, sol, pollution… économique et socio-culturel : soutien social, chômage, niveau de scolarisation, revenu et statut social… et politique : textes de loi…)
– 10-15% d’impact : la génétique
– 10-15% le système de soins (hôpitaux, médecins, infirmiers ….)
Encore un petit exemple, M. Thomas McKeown affirme que la réduction de la mortalité à la fin du 19ème siècle et tout le 20ème siècle est essentiellement attribuable à l’amélioration de l’alimentation (progrès de l’agriculture), l’amélioration de l’hygiène (eau potable, gestion des eaux usées…) et au contrôle des naissances, et non pas aux progrès de la médecine. Aussi, la mortalité par maladie cardio-vasculaire a diminué en Amérique du nord au cours des 25 dernières années et ce, grâce au choix d’un meilleur régime alimentaire et à l’arrêt du tabagisme.
En conclusion, il est tort de croire que seule la mise en place de gros moyens humains, logistiques, technologiques… suffira à améliorer l’état de santé de la population générale. Le manque de ressources financières, humaines et matérielles n’est pas le seul à devoir être blâmé de la mauvaise santé de la population. Il faudra voir la santé d’une vue globale pour pouvoir changer les choses et créer une vraie politique de santé.
Cette nouvelle politique fera intervenir dans le cadre de la multisectorialité d’autres ministères que celui de la santé :
– Le ministère de la justice : pour assurer l’application des lois déjà existantes (exemple : interdiction de fumer dans les lieux publiques), en créer des nouvelles, punir comme il se doit les dealers de drogues…
– Le ministère de l’agriculture : en encourageant la production locale, rendre les produits alimentaires de base accessibles, aider financièrement les agriculteurs et pêcheurs, leur donner des formations pour la gestion de leur bétail et champs, l’utilisation raisonnée des pesticides et engrais chimiques.

Dr Ghita Wissad

– Le ministère de l’environnement : grâce à des campagnes de sensibilisation sur la protection de l’environnement, la mise en place d’espaces verts et veiller à leur bon entretien, bonne gestion de l’eau potable et des eaux usées, encourager le recyclage…
– Le ministère des transports : promouvoir le transport en commun, exiger des véhicules de transport respectueux de l’environnement, les rendre plus accessibles financièrement, encourager le covoiturage…
– Le ministère de la famille et des affaires sociales : prendre en charges les enfants des rues, des femmes battues, élargir les indications de l’avortement (projet de loi), lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
– Le ministère de la culture : multiplier les maisons de jeunesse, organiser des événements culturels, musicaux ou sportifs, contribuer activement à l’épanouissement des communautés locales, en particulier celle des jeunes ….
– Le ministère de l’éducation : ÉDUQUER la jeunesse à un style de vie sain, actif et équilibré !

La collaboration entre ces différents ministères, avec l’aide des ONG et toute partie prenante dans chaque aspect de la santé, améliorera sensiblement la santé des marocains



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